HebergHub : ce qui me fait peur (et pourquoi je continue quand même)
Les peurs que je traîne autour d’HebergHub : techniques, humaines, financières… et comment j’essaie de les apprivoiser au lieu de les nier.
On parle souvent des projets en mode success story : vision, pitch, roadmap, belles phrases.
Ce dont on parle beaucoup moins, ce sont les peurs qui vont avec.
HebergHub, sur le papier, c’est un projet d’hébergement éco‑responsable, accessible, pédagogique.
Dans la réalité, c’est aussi un truc qui me prend la tête la nuit, parce qu’il touche à tout ce qui compte pour moi : la technique, l’éthique, les autres, et mon avenir pro.
Ce billet, c’est la face moins glamour :
ce qui me fait vraiment peur avec HebergHub.
Peur n°1 : ne pas être “assez pro” pour héberger pour les autres
Héberger pour soi, c’est une chose.
Héberger pour d’autres gens, même étudiants ou assos, c’en est une autre.
Derrière HebergHub, il y a une question qui revient en boucle :
“Est‑ce que je suis légitime à proposer un hébergement, même associatif, avec les moyens que j’ai aujourd’hui ?”
Ce qui me trotte dans la tête :
- la peur d’un incident sérieux (perte de données, indisponibilité longue, fail de sécurité) ;
- la peur de sous‑estimer la complexité d’un “vrai” run en production ;
- la peur que les gens me fassent confiance… et que je ne sois pas à la hauteur.
Je sais que je mets en place :
- sauvegardes, supervision, durcissement, doc…
Mais la petite voix reste là :“Et si tu avais oublié un détail qui, en prod, ne pardonne pas ?”
Peur n°2 : faire un truc super… pour que personne ne s’en serve
Deuxième peur, plus silencieuse mais tout aussi présente :
“Et si je construisais une super infra, un super concept… que personne n’utiliserait vraiment ?”
C’est le risque de beaucoup de projets techniques :
- on peut passer des dizaines d’heures sur :
- l’architecture,
- les scripts,
- les dashboards,
- la doc interne,
- et se réveiller un jour en réalisant que :
- personne ne s’est réellement approprié le service,
- les gens continuent d’aller sur des offres classiques,
- le projet tourne surtout “pour soi”.
Je redoute :
- l’effet “belle démo, peu d’usage réel” ;
- le sentiment d’avoir mis énormément d’énergie dans quelque chose qui n’a pas trouvé son public ;
- la difficulté d’accepter qu’un projet qu’on aime puisse intéresser moins de monde que prévu.
Peur n°3 : être coincé entre mes valeurs et la réalité économique
HebergHub repose sur des idées fortes :
- réemploi de matériel,
- accessibilité financière,
- pédagogie,
- transparence.
Sur le papier, c’est très beau.
En vrai, ça soulève une peur :
“Est‑ce que je vais réussir à rester fidèle à ces valeurs, tout en couvrant les coûts réels ?”
Concrètement :
- je ne veux pas “arnaquer” des étudiants ou des assos avec des tarifs absurdes ;
- je ne veux pas non plus faire semblant que tout est gratuit alors que :
- l’électricité coûte,
- le temps d’admin coûte,
- le matériel, même réemployé, a un prix (et une durée de vie).
La peur, c’est :
- soit de dériver vers un truc qui ressemble à n’importe quel hébergeur low‑cost (ce que je ne veux pas),
- soit de rester bloqué à un stade “sympa sur le principe”, mais intenable financièrement.
Peur n°4 : devoir tout porter seul
Même si HebergHub est pensé comme un projet collectif à terme,
une bonne partie du poids repose aujourd’hui sur mes épaules.
Ça se traduit par une peur très simple :
“Et si je n’arrivais plus à suivre ?”
Parce qu’en parallèle, il y a :
- les études,
- les stages,
- d’autres projets,
- la vie perso.
Et HebergHub, ce n’est pas que :
- installer un Proxmox,
- lancer deux containers,
- créer une landing page.
C’est aussi :
- répondre aux gens,
- faire de la doc,
- régler les pannes,
- réfléchir au modèle juridique,
- gérer la comm,
- imaginer la suite.
La peur, c’est de:
- m’épuiser à force de vouloir tout gérer,
- ne pas oser demander de l’aide,
- me retrouver à détester un projet que j’aimais à la base parce qu’il m’a “bouffé”.
Peur n°5 : l’image que ça renvoie si ça échoue
On ne va pas se mentir :
quand on documente publiquement un projet comme HebergHub, on expose aussi son ego.
“Et si ça ne marchait pas ? Qu’est-ce que ça dit de moi ?”
Même si, rationnellement, je sais qu’un projet qui s’arrête, pivote, ou change n’est pas un échec “personnel”,
émotionnellement, ce n’est pas si simple.
Les questions qui traînent :
- “Est‑ce qu’on va me voir comme le mec qui a eu une grande idée… mais n’a pas su la concrétiser ?”
- “Est‑ce que ça va me coller à la peau dans le mauvais sens ?”
- “Est‑ce que je ne serai pas tenté de ‘faire semblant que tout va bien’ juste pour préserver l’image ?”
C’est une peur très liée au regard des autres, même si, au fond, je construis surtout HebergHub pour ce que ça m’apporte en apprentissage et en impact.
Peur n°6 : perdre le plaisir technique en devenant “admin de prod”
Au départ, j’aime :
- expérimenter,
- tester de nouvelles stacks,
- casser des choses “en labo” pour comprendre.
HebergHub amène une autre dynamique :
- écrire des procédures,
- figer des choix pour garantir la stabilité,
- dire “non” à certaines expérimentations en prod.
La peur ici, c’est :
“Et si HebergHub transformait tout ce que j’aime en une suite de tâches d’admin que je subis ?”
Je ne veux pas que :
- la supervision devienne juste du bruit d’alertes,
- les mises à jour deviennent une corvée,
- chaque changement soit vécu comme un risque plutôt que comme une amélioration.
C’est un équilibre pas évident à trouver entre :
- le plaisir du lab,
- et la rigueur de la production.
Ce que je fais (ou essaie de faire) avec ces peurs
La solution, ce n’est pas de faire “comme si” elles n’existaient pas.
C’est plutôt de les utiliser comme des garde‑fous :
- La peur de ne pas être assez pro → me pousse à documenter, tester, sauvegarder, surveiller.
- La peur de ne pas trouver d’utilisateurs → me rappelle qu’il faut parler aux gens, pas juste à mon terminal.
- La peur de trahir mes valeurs → m’oblige à être transparent sur les limites et les coûts.
- La peur de tout porter seul → me rappelle qu’un projet sain, c’est un projet partageable.
- La peur de l’échec public → me force à accepter que la valeur est aussi dans le chemin, pas juste dans l’issue.
- La peur de perdre le plaisir technique → m’encourage à garder des espaces 100 % “lab” à côté de la prod.
HebergHub n’est pas seulement un projet d’hébergement.
C’est aussi un projet qui m’oblige à travailler :
- ma tolérance à l’incertitude,
- ma capacité à demander de l’aide,
- ma façon d’assumer mes choix (et mes limites).
Ce billet n’est pas là pour dramatiser,
mais pour garder une trace honnête de l’envers du décor.
Si un jour tu vois HebergHub plus mûr, plus structuré, plus solide,
sache que ce sera aussi grâce à ces peurs‑là, transformées en décisions plutôt qu’en freins invisibles.