HebergHub : héberger autrement, apprendre ensemble
Retour en profondeur sur HebergHub : d’où vient l’idée, ce qu’on construit, pourquoi on le fait et où on veut aller.
Quand on parle d’hébergement aujourd’hui, on pense tout de suite à des grandes plateformes : OVH, Scaleway, AWS, GCP, Hetzner…
Des interfaces léchées, des datas centers à l’autre bout de l’Europe, des factures en euros ou en dollars, et des pages “sustainability” bien propres.
Avec HebergHub, on est partis dans une direction différente :
un projet d’hébergement à très bas coût, éco‑responsable, pensé pour les étudiants et les petites structures locales, en s’appuyant sur du réemploi de matériel et sur une forte dimension pédagogique.
Cet article est une sorte de “big picture” de ce qu’est HebergHub aujourd’hui :
ce qu’on a déjà posé, ce qu’on expérimente, ce qu’on vise, et pourquoi ce projet compte autant pour moi.
1. D’où vient HebergHub ?
Une frustration de départ
À force de bricoler des serveurs, des conteneurs, des proxmox et des VPN dans mon homelab, j’ai fini par me poser une question simple :
Pourquoi est-ce que c’est encore aussi compliqué et cher pour un·e étudiant·e ou une petite asso d’avoir un hébergement “propre” ?
Les options classiques sont souvent :
- un mutualisé pas cher mais bridé et peu pédagogique ;
- un VPS correct mais qui coûte vite trop cher sur la durée pour un projet étudiant ;
- un serveur local chez soi, jamais exposé sérieusement en prod, parce que la connexion, la sécurité, la supervision, la dispo… tout ça, c’est de la vraie complexité.
Dans le même temps, je voyais du matériel partir à la benne, des machines parfaitement exploitables pour des usages modestes (sites, petits services web, labos, environnements de test) que plus personne ne voulait dans des structures pro.
HebergHub est né exactement à ce croisement :
- du homelab accumulé depuis des années,
- du besoin réel d’étudiants/assos/collectifs locaux,
- et de l’envie de faire quelque chose de cohérent écologiquement.
2. L’intention : héberger, mais pas seulement
HebergHub n’est pas pensé comme “juste un hébergeur discount”.
L’idée, c’est un hébergement qui coche plusieurs cases simultanément :
Accessibilité financière
Permettre à des étudiants, associations, petites structures locales d’héberger un site, une appli simple, un wiki, un service collaboratif… sans exploser leur budget.- Dimension pédagogique
Utiliser la plateforme comme support pour :- apprendre à déployer,
- monitorer,
- sécuriser,
- documenter,
- comprendre ce qui se passe “sous le capot”.
- Éco‑responsabilité
Baser une grande part de l’infra sur du réemploi de matériel :- récupérer des serveurs, des baies, du stockage,
- les remettre en état,
- les mutualiser intelligemment,
- travailler sur la consommation, la densité, le refroidissement.
- Impact local
Construire quelque chose ancré dans un territoire (Limoges / Nouvelle‑Aquitaine),
qui profite d’abord à un écosystème concret : écoles, assos, TPE, makers, labs…
3. Techniquement, à quoi ressemble HebergHub aujourd’hui ?
HebergHub, ce n’est pas (encore) un cloud provider mondial.
Mais ce n’est pas non plus “un serveur dans un coin d’appart”.
Sans rentrer dans tous les détails sensibles, on peut résumer la stack actuelle ainsi :
3.1. Le socle : infra réemployée + homelab professionnalisé
- Serveurs récupérés / remis en service (CPU, RAM, disques)
- Hyperviseur(s) avec Proxmox VE pour :
- regrouper les ressources,
- isoler les charges (VM / LXC),
- gérer des clusters et jouer avec la haute dispo quand c’est pertinent.
- Réseau segmenté (VLAN, firewall) pour :
- séparer les clients,
- maîtriser les flux,
- ne pas mélanger expérimentation et prod.
3.2. La couche services
Au‑dessus, on retrouve des briques classiques mais structurées :
- VM et conteneurs dédiés à des services :
- sites web (reverse proxy NGINX/Traefik),
- services collaboratifs (wikis, pads, etc.),
- petites applis spécifiques.
- De la containerisation (Docker / Docker Compose) pour :
- industrialiser les déploiements,
- simplifier la reproductibilité,
- versionner les stacks.
3.3. Supervision, logs, sécurité
Évidemment, impossible de prendre ça au sérieux sans :
- Supervision (type Zabbix / Prometheus / autres) pour surveiller :
- charge CPU/RAM,
- stockage,
- disponibilité des services.
- Centralisation des logs pour :
- corréler les événements,
- diagnostiquer plus vite,
- garder une trace sérieuse des incidents.
- Sécurité de base :
- pare‑feux,
- VPN d’admin,
- durcissement des services exposés,
- sauvegardes testées,
- processus minimal de PRA selon les cas.
Est‑ce que tout est déjà parfait ? Non.
Mais l’objectif est clairement de s’aligner sur des bonnes pratiques d’infra et de cybersécurité, même à cette échelle.
4. Le modèle : à très bas coût, mais pas “gratuit et sans règles”
Un des points clés de HebergHub, c’est le modèle économique et d’usage.
4.1. Pourquoi pas “100 % gratuit” ?
Parce que :
- l’infra, même réemployée, a un coût (électricité, réseau, pièces de rechange, temps) ;
- “gratuit” a tendance à être perçu comme jetable :
- pas de respect des ressources,
- pas d’engagement minimal de la part des utilisateurs,
- difficile de poser un cadre d’utilisation responsable.
L’objectif est plus :
proposer un prix symbolique / très bas,
qui couvre un minimum les coûts et responsabilise tout le monde,
sans reproduire les logiques tarifaires des gros hébergeurs.
4.2. Une logique d’adhésion / participation
HebergHub a aussi une dimension communautaire :
- on n’achète pas juste un “VPS”,
- on rejoint un projet :
- avec des règles d’usage,
- une transparence sur l’infra et les limites,
- une ouverture à la contribution (doc, supervision, outils internes…).
À terme, il est envisageable que les utilisateurs puissent :
- participer à la doc,
- contribuer à des scripts d’admin,
- aider à l’onboarding d’autres étudiants/assos.
5. HebergHub comme terrain d’apprentissage
5.1. Pour les utilisateurs
Pour un étudiant ou une asso, HebergHub peut être :
- un premier “vrai” hébergement où :
- on déploie un site ou un service,
- on apprend à gérer un domaine, un certificat TLS, un reverse‑proxy,
- on voit ce que veut dire “monitorer en prod”.
- un moyen de sortir de la théorie :
- passer du TP en labo à un service qui tourne pour de vrai,
- comprendre ce que veut dire “mettre à jour sans tout casser”,
- toucher du doigt ce qu’est un incident et comment on le gère.
5.2. Pour moi (et l’équipe)
De mon côté, HebergHub est un immense labo structuré :
- architecture d’infra :
- hardware réemployé,
- design réseau,
- segmentation,
- mécanismes de HA quand c’est pertinent.
- outillage :
- provisioning,
- automatisation,
- templates de services réutilisables.
- organisation :
- docs alignées avec la réalité,
- gestion des demandes,
- suivi des incidents,
- réflexion sur les SLA adaptés à notre échelle.
Bref : c’est un projet où je peux mettre en musique tout ce que j’apprends en systèmes/réseaux/cybersécurité, mais aussi en gestion de projet, en communication, en relation “client”.
6. Les défis (et les limites assumées) de HebergHub
Évidemment, tout n’est pas rose.
6.1. Le matériel réemployé, c’est génial… et exigeant
Travailler avec du matériel de réemploi implique :
- des contraintes de :
- consommation,
- bruit,
- emplacement,
- refroidissement ;
- la nécessité de :
- surveiller de près l’état des disques,
- prévoir des pièces de rechange,
- accepter que certains nœuds ne soient pas aux specs d’un data center Tier III.
C’est un exercice d’équilibre :
- tirer le maximum d’un matériel existant,
- sans promettre des choses qu’il ne peut pas tenir.
6.2. La sécurité et la responsabilité
Héberger des services pour d’autres, même à petite échelle, c’est accepter :
- une responsabilité :
- garder les systèmes à jour,
- fermer les portes inutiles,
- surveiller ce qui se passe,
- avoir un plan en cas de pépin ;
- la nécessité d’être très clair sur :
- ce qui est garanti,
- ce qui ne l’est pas encore,
- ce qu’on expérimente.
Il y a une grande différence entre :
“Je joue avec des conteneurs dans mon homelab, si ça casse ce n’est pas grave”
et :
“D’autres personnes me font confiance pour héberger quelque chose qui compte pour elles.”
HebergHub est en plein dans cette zone de maturation.
6.3. Le temps, l’énergie, la coordination
HebergHub n’est pas mon activité à temps plein.
Il faut jongler entre :
- études (Bachelor cybersécurité),
- stages, projets,
- autres idées en parallèle,
- la vie, tout simplement.
Construire un projet comme celui‑là demande une discipline :
- prioriser les fonctionnalités,
- accepter de dire “non, pas tout de suite” à certaines idées,
- documenter au fur et à mesure,
- avancer sans se cramer.
7. Où je veux emmener HebergHub (vision à moyen terme)
HebergHub, dans ma tête, à horizon 1–3 ans, c’est :
- une petite plateforme d’hébergement identifiable dans l’écosystème local,
- une communauté d’utilisateurs (étudiants, assos, petites structures) qui comprennent ce qu’ils utilisent,
- un terrain d’expérimentation pour :
- de nouveaux services,
- de nouvelles approches d’infra éco‑responsable,
- des projets étudiants/alternants qui se branchent dessus.
Idéalement :
- des étudiants pourraient dire :
“Mon premier site/projet en ligne, je l’ai déployé sur HebergHub.”
- des assos locales pourraient dire :
“On a trouvé un hébergement qui nous parle, qui explique ce qu’il fait et qui ne nous ruine pas.”
Et moi, je pourrais dire :
“HebergHub m’a permis de grandir techniquement et humainement,
en construisant quelque chose de concret, utile, et aligné avec mes valeurs.”
8. Pourquoi en parler ici, sur ce blog
Ce blog n’est pas qu’un historique de projets scolaires.
C’est aussi un espace où je veux documenter les coulisses de HebergHub :
- les choix techniques (stack, infra, supervision, sécurité) ;
- les erreurs, les ratés, les “oh, ça on ne le refera pas comme ça” ;
- les petites victoires (un service qui tourne, un utilisateur content, une panne bien gérée) ;
- les réflexions plus larges sur :
- le numérique responsable,
- l’accessibilité des services pour les étudiants,
- la pédagogie par la pratique.
Il y aura, normalement, d’autres épisodes :
- zooms techniques (architecture, scripts d’admin, monitoring) ;
- retours d’expérience concrets (incidents, migrations, optimisations) ;
- réflexions sur le modèle, les tarifs, la gouvernance.
Si tu lis ça et que tu te dis :
“J’aimerais bien un jour déployer un truc sur HebergHub”
ou
“J’ai un vieux serveur qui prend la poussière, ça pourrait servir ?”
alors c’est que le projet commence déjà à jouer son rôle.